Streamliner : si le rock’n’roll est électrique, le western est mécanique

De la poussière soulevée dans le désert d’un far west parallèle. Des moteurs qui rugissent dans des hot-rods de psychopathes et des bécanes d’amazones énervées à la recherche d’un terrain de jeu mortel. Le trophée est une carabine qui ne fera aucune victime. Pas le temps. Les chevaux gonflés des fauves à roues prennent de vitesse le flingue. Un flingue qui sera le sceptre du vainqueur de cette course infernale. Et la station Lisa Dora son royaume. C’est là, à cette station-service coiffée de l’épave d’un bombardier de la guerre mondiale d’un monde parallèle, que se joue tout le drame de Streamliner. Les ingrédients du road-movie sont réunis mais on ne bouge pas de la station sinon en tournant autour d’elle pour la course paroxistique. Sur un périmètre certes restreint mais qui paraît sans limite.
Le détenteur du flingue, sceptre du leader du gang motorisé des Red Noses, c’est Billy Joe. Au travers ce cet affrontement à l’indice d’octane élevé, il va disputer la propriété de la station-service au vieil O’Neil, ancien champion devenu légende parce qu’on l’a cru mort. O’Neil, au lieu d’avoir carbonisé sa vie dans la jeunesse et la vitesse, a vieilli handicapé dans l’amertume mais a eu une fille, Cristal qui ne se laisse pas marcher sur les tiagues par une bande de mal-léchés en V8. C’est elle qui, au volant de la Black Widow paternelle retapée, va défendre la propriété familiale mise sur le tapis vert.
Le premier tome de ce western électrique et thermique pose le décor de la station Lisa Dora et dépeint les personnages. Outre Cristal, O’Neil et Billy Joe, nous faisons la connaissance de gueules patibulaires telles que Nikky The Head et les frères Jarret et d’autres surgies de l’Ouest légendaire avec rien moins que William Boney dit “Billy The Kid” et Calamity (Jane ?) incarnée en rockstar féminine qui sait aussi bien caresser le manche d’une six-cordes électrique qu’appuyer frénétiquement sur l’accélérateur de son hot-rod. Si l’histoire est amorcée sous la testostérone, les filles vont rapidement s’imposer, puisque, outre l’héroïne Cristal et la hors-la-loi rock’n’roll Calamity, le gang 100% féminin des Black Panties mené par Sue va se montrer sacrément burné : seules ces nanas osent faire la course en moto tandis que les mecs donnent des gaz abrités dans le cockpit de leurs hot-rods.
Après un premier volet descriptif qui donne de l’épaisseur aux protagonistes de l’affaire, le second tome offre un feu d’artifice motorisé qui dépasse rapidement les autorités, les télés, les radios, les journaux avides de mort annoncée dans un tonnerre de bielles enflammées. Le point d’inflexion de la course fatale, qui exploite puis dépasse les clichés motorisés et western, ne pourra pas être couvert par ces médias du monde mortel. Parce que l’affrontement mécanique dépasse la condition humaine et masculine, tel un western onirique.
Produit et réalisé par Fane pour les studios Rue De Sèvres.

Streamliner, T1 Bye-Bye Lisa Dora
Streamliner, T2 All-In Day
Editions Rue De Sèvres

Pour ce film vrombissant, la bande musicale idéale :

So-Cal Speed Shop’s Hot Rod Classics (compilation 4 CD, Rockbeat Records)